Article de la catégorie: Autorités

Les discours du 1er août 2026

Laurie Willommet discours 1er août 2026
Ville de Vevey

Retrouvez ci-dessous les discours prononcés  par  Laurie Willommet, syndique de Vevey, et Karim El Khalifa, président du Conseil communal 2026/2027, à l'occasion de la partie officielle de la Fête nationale du 1er août 2026.

Laurie Willommet:

Chères Veveysannes, chers Veveysans, Mesdames, Messieurs,

Nous célébrons aujourd'hui, ensemble, la Fête nationale suisse. C'est la première fois que je m'adresse à vous en tant que Syndique de notre ville, et j'en suis profondément honorée.

Je dois vous avouer que ce n'est pas le 1er août le plus léger que j'aurai eu à préparer. Cette semaine, la quatrième vague de canicule de l'été s'abat sur la Suisse romande. Des forêts brûlent en France et ailleurs, dans des proportions inédites. Et il y a une semaine à peine, à Berlin, des personnes qui ne faisaient que célébrer la diversité et l’amour, lors d'une marche des fiertés, ont été fauchées par la violence.

Et pourtant, c'est peut-être précisément dans une année comme celle-ci que notre fête nationale trouve tout son sens. Le pacte de 1291 est cité chaque année, et il le mérite bien. Mais il y a une autre date, moins connue, qui me parle particulièrement en 2026 : il y a très exactement 550 ans, en 1476, nos Confédérés ont tenu tête à Charles le Téméraire, l'un des souverains les plus riches et les plus puissants de toute l'Europe de son temps. Ici même dans notre canton de Vaud, à Grandson d'abord, puis, non loin à Morat quelques mois plus tard : deux victoires que ces petits cantons ne devaient ni à leur richesse, ni à leur nombre, ni même à une langue ou un costume commun, mais à une seule chose : le choix de rester unis face à bien plus grand qu'eux.

Mais il faut le dire, les géants d'aujourd'hui ne s'appellent pas Charles et ne portent plus d'armure. Ils s'appellent dérèglement climatique. Ils s'appellent haine. Ils s'appellent précarité. Et aucune commune, aucun canton, aucun pays n'en vient à bout seul. Ce qui a fait la force de Grandson et de Morat doit faire la nôtre encore aujourd'hui : le choix, renouvelé chaque jour, de tenir ensemble, affronter, plutôt que de nous replier. Et tenir ensemble, ça se décide, mais ça se finance aussi, et ça se pratique tous les jours.

La précarité, elle, n'a rien d'une fatalité : c'est le géant que nous affrontons ensemble depuis longtemps déjà. Ce que nous finançons collectivement, notamment par nos cotisations ou nos impôts, n'a au fond qu'un seul but : le partage, la solidarité, faire que chacune et chacun puisse vivre dignement, peu importe ses moyens et d'où il vient. Le service public ou  l'AVS : voilà des piliers de notre société. Et j'aime rappeler que l'AVS, justement, avait été créée pour sortir d'une crise : celle d'une Europe d'après-guerre où la démocratie même avait vacillé.

Car c'est bien ce socle commun — notre tradition d'accueil, d'ouverture et de solidarité — qui a fait de notre pays ce qu'il est. Pourtant, et aujourd’hui plus que jamais, nos acquis sociaux sont sans cesse remis en question, dans une société où la pensée individuelle prend le pas sur le collectif. Notre fête nationale, c'est aussi l'occasion de nous rappeler que cela reste, chaque année, un choix à renouveler. Mais face aux géants d'aujourd'hui, la solidarité restera notre meilleur choix : elle doit être préservée, entretenue ; et elle restera, toujours, indispensable.

Ces traditions-là, on ne les vit pas seulement à travers notre participation financière, et heureusement ; on les porte aussi, très concrètement. Cette année, au Grütli, la Fête fédérale s'organise justement autour des langages vestimentaires, en écho aux cent ans de la Fédération nationale des costumes suisses. C'est une belle idée : chaque costume traditionnel raconte d'où vient une famille helvète, de quelle vallée, quelle est son histoire — et la fierté qu'il faut pour le transmettre, génération après génération.

Des costumes, nous en portons d'ailleurs plus qu'on ne le pense : celui de la Fevi qu’on ressort à certaines occasions, celui qu'on porte au quotidien au travail, celui que nos jeunes ressortent chaque année autour du monde pour nous représenter aux jeux olympiques des écoliers, celui que nous enfilons aujourd'hui aux couleurs de la Suisse, ou le maillot que nous portons pour encourager notre équipe nationale. Vevey, à l'image de notre Suisse, a mille visages, mille costumes, mille facettes : une population différente qui vit ensemble, se croise, et qui, malgré tout, crée une communauté. Et ce qui rend un costume vraiment vivant, ce n'est pas qu'on le ressorte de temps à autre.  C'est vrai du costume ; ça l'est tout autant de notre solidarité : elle se porte fièrement un jour de fête, mais elle se pratique tous les autres jours de l'année. Si le costume montre notre origine, notre différence ou notre engagement, il est surtout le marqueur de notre richesse et de notre diversité. Et c'est en respectant chaque costume, chaque différence, que nous devenons une communauté.

Cette communauté que nous formons, notre Constitution fédérale en dessine aussi les contours, dans son préambule : « la force du peuple se mesure au bien-être du plus faible de ses membres. » Cette semaine, à Vevey, nous n'avons pas eu besoin d'aller bien loin pour le vérifier. Dimanche dernier, une explosion accidentelle a ravagé Le Syrien, cette épicerie emblématique de la place Scanavin que la famille Badawi tient depuis vingt-cinq ans. Quatre personnes ont été blessées, dont une grièvement, et nos pensées vont à elles. Mais en quarante-huit heures à peine, une cagnotte a réuni plus de quarante mille francs pour les soutenir, 70’000 aujourd’hui.  Cette solidarité-là, personne ne l'a votée ni financée par l'impôt : elle a jailli spontanément, grâce au bouche à oreille. Mais c'est le même réflexe, la même conviction, que celle qui finance nos assurances sociales : que personne ne devrait rester seul face à un coup dur. Voilà, très concrètement, ce que veut dire la force d'une communauté.

Je forme le vœu que cette solidarité-là s'applique toujours à Vevey : que nous continuions d'être fières et fiers de notre ville, de son patrimoine, de sa diversité, et de toutes celles et ceux qui la composent. Fiers de celles et ceux qui la représentent ici ou ailleurs. Fiers, tout simplement, d'être ici, aujourd'hui, ensemble. Fières et fiers de nous soutenir, de nous respecter, et de construire ensemble cette magnifique région.

J'aime ce Vevey-là, et j'espère qu'il saura résister aux crises et aux géants actuels, en restant, ensemble, tolérant et respectueux. Mesdames, Messieurs, j'espère que vous êtes fières et fiers de Vevey : je le suis, et j'espère pouvoir continuer de l'être, avec vous, longtemps.

Alors, en cette fête du 1er août 2026, renouvelons notre engagement envers notre démocratie et les valeurs qui nous unissent, ici à Vevey comme dans toute la Suisse. Il y a 135 ans, en 1891, naissait à la fois la toute première Fête nationale suisse et notre propre tradition veveysanne de la célébrer. Cette continuité-là aussi, c'est un choix que nous renouvelons chaque année, comme tant d'autres.

Avant de conclure, je souhaite remercier toutes celles et ceux qui font de ce week-end un succès : le personnel de la Ville de Vevey, les équipes de LM Management qui organise les festivités, ainsi que les commerces et associations qui animeront le Rivage tout le week-end. Grâce à vous, nous célébrons ensemble ce qui nous unit.

Au nom de la Municipalité largement représentée aujourd'hui, je vous remercie de votre présence en ce jour de fête nationale et vous invite à porter haut les couleurs de notre démocratie, en sachant que c'est ensemble, main dans la main, que nous construirons un avenir plus juste pour Vevey, pour la Suisse, et pour les générations à venir. Nous vous adressons nos meilleurs vœux en cette journée de fête nationale, qu'elle soit belle et festive pour vous toutes et tous !  Vive la Suisse, Vive Vevey !

Karim El Khalifa - Président du Conseil communal 2026-2027

Karim El Khalifa:

Madame la Syndique,
Chères Municipales, chers Municipaux,
Chères et chers Collègues du Conseil communal,
Chères Veveysannes, chers Veveysans,
Mesdames et Messieurs,

Ce matin, j’aimerais vous parler d’un vieux parchemin.

Un texte écrit en latin médiéval, au début du mois d’août 1291, par les communautés d’Uri, de Schwytz et de Nidwald. Nous l’appelons aujourd’hui le Pacte fédéral. Mais pour comprendre pourquoi ce pacte est conclu, il faut retourner dans le monde de cette époque. Et pour comprendre pourquoi il est devenu un élément fondateur de la Suisse moderne, il faut également parcourir une partie de l’histoire suisse.

Nous sommes dans les vallées alpines autour du Gothard. Le passage du col, après la création d’une passerelle pour franchir les gorges de la Reuss, prend de l’importance pour le commerce entre le Nord et le Sud de l’Europe. Les communautés qui contrôlent ces routes ne sont donc pas aussi pauvres et isolées qu’on pourrait l’imaginer. Au nord, une grande puissance est en pleine expansion : les Habsbourg. Leur château se trouve en Argovie, près de Brugg. En quelques générations, cette famille étend ses possessions en Alsace, en Souabe, puis vers l’Autriche et la Styrie et devient l’une des plus puissantes d’Europe.

En 1273, Rodolphe de Habsbourg devient même l’empereur du Saint-Empire romain germanique. Pour les communautés du Gothard, cette évolution est importante. Elles ont leurs propres droits, leurs coutumes et une certaine autonomie. Mais elles se trouvent désormais à proximité d’une famille dont la puissance ne cesse de grandir. Puis, en juillet 1291, Rodolphe de Habsbourg meurt. Et sa mort provoque une période d’incertitude. Qui lui succédera ? Que va devenir l’équilibre politique de la région ? Les droits et les libertés de ces petites communautés seront-ils encore respectés ? Face à cette inquiétude, elles peuvent attendre et espérer que la situation ne change pas. Ou elles peuvent décider de s’organiser.Au début du mois d’août 1291, Uri, Schwytz et Nidwald concluent donc une alliance. Ils se promettent assistance contre la malice des temps et ceux qui leur feraient violence ou leur causeraient du tort. Ils prévoient également comment régler leurs différends et comment juger les confédérés en tort d’une manière commune. Ce n’est pas encore la Suisse. Ce n’est pas une déclaration d’indépendance, ni une constitution. C’est une idée beaucoup plus simple : de la solidarité entre communauté.

Si tu as besoin de moi, je suis là. Et si j’ai besoin de toi, tu seras là. Cette idée va traverser les siècles. La Confédération va progressivement s’élargir. Les institutions vont évoluer. Et la Suisse connaîtra aussi des périodes de profondes divisions.

Six siècles plus tard, la Suisse traverse une nouvelle crise. Au XIXe siècle, les tensions politiques et religieuses deviennent de plus en plus fortes. En 1845, plusieurs cantons catholiques forment une alliance défensive : le Sonderbund. En 1847, la Suisse connaît une guerre civile. Des Suisses combattent d’autres Suisses. Le conflit est bref et relativement peu meurtrier, mais son message est clair : l’ancienne manière de faire fonctionner la Confédération ne suffit plus. Il faut reconstruire.

En 1848, une nouvelle Constitution transforme profondément le pays. La Suisse devient un État fédéral moderne, avec des institutions communes plus fortes, tout en conservant une large autonomie aux cantons. Et cette nouvelle Suisse se trouve face à une question essentielle : qu’est-ce qui nous unit ? Car nous sommes différents. Nous parlons plusieurs langues. Nous avons des cultures, des religions, des traditions et des intérêts régionaux différents. C’est alors que le vieux Pacte de 1291 va prendre une importance nouvelle.

En 1758, le Pacte fédéral est retrouvé dans les archives du canton de Schwytz. Pendant des siècles, ce parchemin était resté dans les archives. Mais la Suisse moderne, née en 1848 après une période de divisions, cherche des symboles capables de raconter son unité. Le Pacte de 1291 est parfait pour cela. Il raconte des communautés différentes qui, face à l’incertitude, ont choisi de s’entraider et de s’organiser ensemble. En 1891, la Suisse célèbre officiellement les 600 ans du Pacte fédéral. Puis, en 1899, le Conseil fédéral choisit le 1er août comme fête nationale. Et il y a là un joli paradoxe : nous célébrons aujourd’hui une fête nationale qui n’existait pas en 1291.

Alors pourquoi parler de ce vieux parchemin aujourd’hui ? Parce que son histoire nous pose une question qui reste étonnamment actuelle. En 1291, face à l’incertitude, trois communautés ont choisi de s’unir. En 1848, après une guerre civile, des cantons profondément divisés ont choisi de reconstruire ensemble un pays. Et en 2026, nous sommes nous aussi confrontés à un monde qui change rapidement, à des crises qui dépassent les frontières et à une société parfois profondément divisée. Le message du Pacte n’est peut-être donc pas si éloigné de nos préoccupations.

Quand les temps deviennent incertains, la réponse n’est pas forcément de se replier chacun dans son coin.

Elle peut être de chercher ce qui nous permet de continuer à vivre ensemble. Et c’est peut-être là que le parallèle avec Vevey prend tout son sens. Vevey est une ville ouverte, faite de rencontres, d’échanges et de personnes venues d’horizons différents. Nous n’avons pas tous les mêmes racines, mais nous partageons le même lieu, la même ville et une part de notre avenir. Comme en 1291, comme en 1848, la question reste finalement la même :

Sommes-nous capables de construire quelque chose ensemble malgré nos différences ?

Alors, en ce 1er août 2026, ne célébrons pas seulement un pays qui existe depuis longtemps. Célébrons une idée que chaque génération doit continuer à faire vivre. Le Pacte de 1291 nous parle d’entraide. La Suisse de 1848 nous parle de compromis. Et notre époque nous demande de faire vivre ces deux héritages. Car une société ne tient pas uniquement grâce à ses institutions. Elle tient grâce à ses citoyens.

Grâce à ceux qui s’engagent.
Grâce à ceux qui prennent soin de leurs voisins.
Grâce à ceux qui acceptent de débattre sans se détester.
Grâce à ceux qui comprennent que la liberté donne des droits, mais aussi des responsabilités.

Nous pouvons être fiers de notre histoire. Mais nous devons surtout en être dignes. Parce que la Suisse de demain ne sera pas construite par les personnages des légendes.

Elle sera construite par nous.

Alors, en ce 1er août, célébrons ce qui nous rassemble :

notre liberté,
notre démocratie,
notre diversité,
notre solidarité,
et cette capacité très suisse à ne pas toujours être d’accord… mais à continuer à vivre ensemble.

Car finalement, depuis 1291, une chose n’a pas tellement changé :

seuls, nous sommes des individus.
Ensemble, nous sommes une communauté.

Et une communauté qui prend soin de ses membres, c’est peut-être cela, au fond, la Suisse.

Vive Vevey !
Vive la Suisse !

Et à vous toutes et tous,
une magnifique fête nationale et un très beau 1er août !